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Lettre d’une maman #giletsjaunes (publié 3/12/18)


Mes chers enfants,


Vous avez 10 et 15 ans alors que la France s’embrase.

Vous regardez vos parents mettre des gilets, s’organiser, sortir dans la rue.

Vous voulez venir, et normalement,

c’est avec joie que je vous aurais emmené, mais le gouvernement a décidé que nous étions des menaces et ils gazent les gosses, les personnes âgées, les handicapés, sans aucune distinction.

C’est devenu dangereux pour tous, même quand on est pacifiste, comme nous.

Alors on ne prend pas le risque.


Vous les voyez les fins de mois difficiles et, comme tu l’appelles ma fille,

la « semaine du régime » de plus en plus longue.

Puis, il y a cette journée où les placards sont vides, où je vous envoie à l’école avec juste un bout de pain dans l’estomac, où je vous inscris à la cantine pour être sûre que vous aurez un repas chaud.

J’ai honte, tellement honte ! Papa travaille comme un fou, moi je cherche un emploi, encore et encore, j’enchaîne les petits boulots, à droite, à gauche, partout... mais ça ne suffit pas.


En janvier, les barèmes de la CAF ont rétréci à nouveau de 10 % et nous n’avons plus droit aux APL. Cet argent, ces cent euros qui me manquent chaque mois, ils sont là, ils sont dans les taxes qui augmentent, la TVA, le prix de l’essence, la baisse des aides...

Et l’on continue à nous en ajouter.

Bientôt l’électricité, puis le gaz, et, j’effectue les calculs dans ma tête, nuit après nuit. Je sais que si rien ne change, nous finirons à la rue.

Bien qu’on travaille, bien qu’on paye nos factures, bien qu’on se serre la ceinture en permanence.


Alors oui, j’ai sorti le gilet jaune et je me suis demandé : que puis-je faire ?
J’ai commencé par me renseigner : qui étaient ces manifestants, pourquoi ils étaient là, quel parti politique ils représentaient...

J’étais méfiante, méfiante à cause de trente ans de fausse gouvernance menée par des profiteurs, des menteurs déconnectés de la société.

Trente ans de rideaux de fumée où nos soi-disant représentants sont tous copains et gèrent le peuple comme un gosse à punir ou un esclave à exploiter jusqu’à sa mort.

Ils nous ont pris en otages, ces dirigeants traités comme des rois !

Ils nous ont emprisonnés dans un système qui rend les riches plus riches et les pauvres encore plus pauvres. Alors oui, j’étais méfiante.

 

Puis je les ai vus, ces visages si ressemblants au mien, ces mères de famille épuisées, ces anciens à qui l’on doit le respect et qui pourtant sont présents, sous le froid, sous la pluie.

J’ai pensé à mamie qui fait des animations en grande surface le week-end.

Elle a soixante-six ans. Je me suis reconnue en eux.


Et là, j’ai eu moins honte. Je vous l’avoue, mes enfants, une fois cette honte moins présente, il ne restait que la colère.

Elle m’a envahi, absolue et ravageuse, me permettant de relever la tête et d’avoir la force d’affronter le regard des autres, de les rencontrer, mes semblables gilets jaunes, mes galériens de fin de mois.


Alors, j’ai essayé de m’investir, de donner mon avis, de participer et j’ai entendu, samedi après samedi, la grogne, puis la rage pour aboutir à la destruction.
Les visages ont changé, certains ont craqué et si je peux le comprendre, je suis persuadée qu’il existe une voie différente.

Je resterai pacifiste jusqu’au bout, ce qui ne veut pas dire que je n’agirai pas.


Je vais trouver comment. Mes enfants, Je vous le jure. Pour vous, pour ma mère, pour tous ceux qui sont des gilets jaunes pacifistes.


Maman.  Maria J. Romaley

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